Ces objets qui nous racontent : une rencontre des cultures à travers les récits et les objets

À l’invitation de la Ville de Longueuil dans le cadre du programme Racines plurielles, le projet de médiation culturelle Ces objets qui nous racontent a été une véritable célébration de la diversité et de l’importance du patrimoine vivant. Mené de mains de maîtres par la médiatrice en patrimoine vivant, Nadyne Bédard et appuyé par l’organisme Métiers & Traditions, cette médiation culturelle nous a permis de tisser des liens entre des citoyens québécois de longue racines et des nouveaux arrivants, en leur offrant un espace pour partager des récits inspirés de leurs objets personnels. Chaque objet, précieux à sa manière, devient ainsi le fil conducteur d’une histoire unique, mettant en lumière la richesse des parcours individuels tout en soulignant les thèmes universels qui nous unissent tous.

Un projet qui invite à la rencontre
Les rencontres ont débuté par une réflexion simple mais profonde : si vous deviez quitter votre pays et n’emporter qu’un seul objet, lequel choisiriez-vous et pourquoi ? Cette question a ouvert la voie à une exploration émotive et intellectuelle de ce qui définit notre identité, nos souvenirs et nos liens avec la terre d’origine. Pendant cinq séances de 90 minutes à la Bibliothèque Georges-Dor, les personnes participantes ont été invitées à présenter un objet significatif qu’ils avaient emporté lors de leur migration, et à en partager l’histoire à travers un récit personnel.

Le projet a mis en avant l’aspect fondamental de la tradition orale, ancrée dans de nombreuses cultures à travers le monde. En plus des récits individuels, les ateliers ont permis une immersion dans les contes et légendes, notamment celles du Gabon avec la conteuse Gisèle Ndong Biyogo, ou encore du Québec avec Marie-Pier Fournier. Ces échanges intergénérationnels et interculturels nous ont permis d’établir un dialogue riche, où chaque histoire trouvait un écho particulier.

Des objets chargés de significations

Imad Ben Ali, participant au projet de médiation culturelle Ces objets qui nous racontent

 

Au fil des rencontres, les personnes participantes ont exploré les liens intimes qu’ils entretiennent avec leurs objets, souvent liés à leur histoire familiale, à leur culture ou à des moments marquants de leur vie. Pour Imad Ben Ali, originaire d’Algérie et arrivé au Québec en avril 2023, cet objet est l’huile d’olive. « Pourquoi l’huile d’olive ? Parce que c’est ma mère qui l’a fait. On a des oliviers dans notre village… c’est mon meilleur objet de valeur que j’ai ramené dans ma valise. » Pour Imad, cet objet symbolise non seulement ses racines algériennes, mais aussi un lien affectif fort avec sa mère, porteuse de traditions et de culture.

 

 

Artem Danilov, participant au projet de médiation culturelle Ces objets qui nous racontent

 

Artem Danilov, originaire de Russie, a emporté avec lui une montre, un objet profondément significatif. « Ma montre est le plus précieux pour moi. Je vois comment j’ai mûri et je deviens plus un adulte, mais à l’intérieur, je reste moi-même… Ma montre évoque en moi un sentiment de fierté et les bons souvenirs que j’ai vécus. » L’objet devient ainsi un témoin du passage du temps, de son évolution personnelle, et un lien avec son passé.

 

 

 

Javier Camacho, participant au projet de médiation culturelle Ces objets qui nous racontent

 

Pour Javier Camacho, un immigrant colombien arrivé en 2022, le maillot de football de l’équipe Santa Fe est un héritage familial incontournable. « Mon objet préféré, c’est le maillot de l’équipe de soccer qui s’appelle Santa Fe. C’est un héritage familial. Mon grand-père et mon père suivent l’équipe depuis longtemps… La couleur rouge est un peu politique. Mon père m’amenait au stade pour voir les matchs. Il y a beaucoup de souvenirs. » Ce maillot est bien plus qu’un vêtement sportif : il incarne l’histoire familiale, la passion partagée pour le football et les liens intimes forgés autour de l’équipe.

 

 

Monique Dion, participant au projet de médiation culturelle Ces objets qui nous racontent

 

Monique Dion, Québécoise d’origine italienne, a raconté l’histoire de sa grand-tante Justina Maria Supino, figure emblématique des premières vagues d’immigration italienne au Québec. « J’aimerais vous présenter ma grand-tante Justina Maria Supino, la représentante de la première génération d’Italiens qui sont venus au Québec… Chaque fois qu’elle nous invitait, sa grande spécialité, c’était la soupe Noces à l’italienne. » À travers la cuisine de sa grand-tante, Monique a partagé l’héritage culinaire et l’esprit d’accueil qui définissent la culture italienne au Québec.

 

 

À travers ces objets, chaque personne participante a non seulement raconté son histoire, mais aussi offert un morceau de son identité, de sa culture et de ses racines. Ces récits, captés par la caméra bienveillante de Michel Saint-Jean, sont devenus des témoins précieux de la diversité, enrichissant la collectivité et offrant une meilleure compréhension des parcours migratoires.

Diana Palomino, participant au projet de médiation culturelle Ces objets qui nous racontent Charles Larocque, participant au projet de médiation culturelle Ces objets qui nous racontent Halyna Starchuk, participant au projet de médiation culturelle Ces objets qui nous racontent Marie Royer, participant au projet de médiation culturelle Ces objets qui nous racontent
De gauche à droite : Diana Palomino, Charles Larocque, Halyna Starchuk et Marie Royer qui ont participé au projet Ces objets qui nous racontent

Une démarche inclusive et ouverte
L’un des objectifs clés du projet était de créer un environnement inclusif où chaque personne participante, qu’elle soit de longue ou de récente arrivée, se sente accueillie et respectée dans son parcours migratoire. La médiatrice Nadyne Bédard a pris soin d’adapter son approche selon les niveaux de langue des personnes participantes, permettant ainsi à ceux qui étaient moins à l’aise en français, de s’exprimer sans contrainte. Le projet a été une occasion de pratiquer la langue, de partager des souvenirs et des expériences, et de renforcer les liens communautaires.

Au-delà de la langue, ce projet a également permis une véritable rencontre entre différentes cultures, favorisant une compréhension mutuelle enrichie par des récits croisés. Les retours des personnes participantes témoignent de l’impact de cette démarche : nombreux sont ceux qui ont exprimé leur gratitude d’avoir pu partager leur histoire et leur culture, tout en découvrant celle des autres.

Une exposition émotive
À l’issue des rencontres, une exposition a été organisée pour présenter les objets et les récits des personnes participantes, accompagnés de leurs photos et des vidéos captées pendant les ateliers. Ces affiches ont été installées à la Bibliothèque Georges-Dor, et deux vernissages ont eu lieu. Le premier à la fin mai en présence des familles et des proches des personnes participantes.

Le second, en novembre 2024, en présence des représentants de la Ville de Longueuil, de Culture pour tous et d’Affine Lwalalika. Cet événement a permis de célébrer les histoires racontées et de voir les objets et les récits prendre vie, dans un cadre respectueux et émouvant.

Vernissage du projet en novembre 2024 en présence des participantes, des représentants de la Ville de Longueuil, de Culture pour tous et d’Affine Lwalalika
Affiches du projet installées à la Bibliothèque Georges-Dor

Les vidéos, accessibles via des codes QR intégrés aux affiches, ont offert une expérience immersive, permettant aux visiteurs de découvrir les récits dans la voix même des personnes participantes. Ce format interactif a créé un pont entre le public et les récits, rendant l’exposition non seulement informative, mais aussi émotionnelle et vivante.

Un projet aux retombées positives
Ce projet a permis de renforcer la cohésion sociale en favorisant le partage d’expériences et de valeurs, tout en valorisant le patrimoine vivant. La diversité des personnes participantes, qu’ils soient immigrants ou québécois de longues racines, a enrichi l’expérience collective et contribué à une meilleure compréhension des enjeux liés à l’immigration et à l’intégration.

Les retours des personnes participantes sont unanimes : ce projet leur a offert l’opportunité de mieux comprendre le vécu des autres, tout en renforçant leur sentiment d’appartenance à une communauté riche et diverse. En partageant le souvenir lié à leur objet, chacun a pu partager une part de son histoire et contribuer à la construction d’une mémoire collective.

Conclusion
Ces objets qui nous racontent est bien plus qu’un simple projet de médiation culturelle. C’est un projet qui a permis de tisser des liens profonds entre différentes communautés, de valoriser la richesse des patrimoines culturels et de promouvoir une plus grande ouverture et inclusion. En mettant l’accent sur le patrimoine vivant, ce projet nous rappelle que chaque objet, chaque récit, chaque histoire porte en elle une mémoire précieuse qui, lorsqu’elle est partagée, devient un pont entre les peuples et les générations.


Remerciements

Métiers & Traditions tient à remercier infiniment, Imad, Halyna, Monique, Marie, Charles, Diana, Javier et Artem, qui ont généreusement partagé leurs objets significatifs et leurs récits personnels, ainsi qu’à nos précieux partenaires et collaborateurs qui ont rendu ce projet possible.

Culture pour tous

La Ville de Longueuil

Nadyne Bédard, Mari-Pier Fournier, Gisèle Ndong Biyogo et MIchel Saint-Jean. 

Retrouvez ces témoignages avec une série de capsules vidéo où chaque participant nous dévoile une belle histoire personnelle: https://bit.ly/3KsoxdG

Crédit photo : Jean-Michael Seminaro 

Racines plurielles est une initiative de Culture pour tous, rendue possible grâce à la participation financière du Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration et fièrement appuyée par l’Association des bibliothèques publiques du Québec – ABPQ.

Ville de Longueuil Bibliothèques Longueuil