À travers ses créations, Charles Brousseau fait parler le bois. Il sculpte non seulement des objets en bois, mais une vision du monde : un monde où les traditions ne s’éteignent pas, où le patrimoine vivant est porté par des artisans qui choisissent d’agir avec patience, conscience et fierté. Un monde où chaque geste compte.
Héritage vivant
Au cœur du Piémont des Appalaches, Charles veille sur une forêt comme on veille sur une mémoire. Membre de Métiers & Traditions, ce jardinier forestier et boisselier façonne le bois autant qu’il le protège, dans une démarche enracinée dans la transmission, le respect du vivant et le développement durable.
L’histoire de Charles commence bien avant lui. Inspirés par l’esprit de la Révolution tranquille, ses parents Claire Brousseau et Claude Tétrault quittent Longueuil dans les années 1970 pour faire un retour à la terre. Sur un terrain boisé, ils construisent leur maison pièce sur pièce, cultivent le potager, observent et identifient les arbres et transmettent à leur fils un rapport très intime à la forêt. Un père amateur et collectionneur d’outils anciens, un arrière-grand-père et un grand-père luthiers, alimentent sa curiosité. Même sa grand-mère, Hélène Varin Brousseau, qu’il a peu connu mais dont il a pu voir le travail de généalogie, écouter les enregistrements de ses pièces de piano sur magnétophone et surtout, lire son livre Le Fléché traditionnel et contemporain documentant plusieurs points de fléché, dont certains même qu’elle avait inventés. Les flécheurs de Métiers & Traditions, que Charles côtoie à l’occasion, lui témoignent de la pertinence de ce livre quand il les rencontre.
Une autre preuve irréfutable de l’importance du territoire forestier est dans l’ADN de la famille Brousseau-Tétrault : en 2014 sa mère Claire, coécrit avec les biologistes Louise Graton et Daniel Cyr, Les secrets des milieux tourbeux & la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford. Cet ouvrage scientifique sur cette tourbière datant de 12 000 ans, est basé sur les observations et les démarches entreprises au fil du temps par ses parents.
Finalement, des livres importants tels que Country Woodcraft et La Flore Laurentienne deviennent ses manuels de vie. Dans cet environnement où il grandit et nourrit sa curiosité, la notion de patrimoine immatériel n’est pas un concept abstrait, mais une expérience quotidienne faite de gestes concrets, d’efforts partagés et de savoirs transmis avec humilité. Et cette transmission de génération en génération se perpétue aujourd’hui avec sa fille.


Une forêt en culture
En 2013, Charles revient s’installer sur la ferme forestière familiale. Il y perpétue l’héritage sylvicole de ses parents avec rigueur et poésie. Sa forêt, peuplée de feuillus nobles; noyers noirs, chênes, érables et frênes, est cultivée avec soin. Les conifères y sont utilisés comme tuteurs naturels pour forcer les troncs à croître droit. À chaque saison, il élague, transplante, amende, plante de l’ail des bois ou de la grande salsepareille dans une démarche régénérative, c’est-à-dire, respectueuse de la biodiversité.
Dans sa forêt, les arbres ne sont jamais coupés sans raison : ici, on attend, on observe, on respecte le cycle de la vie. Même les copeaux sont valorisés ! Transformés en humus forestier pour nourrir les générations suivantes d’arbres et pour protéger les écosystèmes des êtres vivants, du microscopique aux chevreuils. Charles nous rappelle que la forêt, comme tout patrimoine vivant, se bâtit dans la durée, par des gestes patients et porteurs de sens.

Le bois, matière vivante

Autodidacte passionné Charles apprend la sculpture sur bois vert grâce à des artisans américains et européen qu’il suit sur YouTube, au contact des plus vieux membres-artisans de Métiers & Traditions qui possèdent des savoirs ancestraux précieux, à la lecture assidue, et à des communautés comme les spoon clubs. Sa première cuillère, il l’a sculptée en 2010. Depuis, il n’a cessé d’explorer l’univers du bois : à la hache, à la plane, au couteau, bien installé sur son shaving horse – ce banc d’artisan qui porte plusieurs noms selon la région : bastringue, banc à planer, banc d’âne, etc. – et des outils anciens tels que le tour à perche, répliqués avec minutie à partir de documents historiques. Reproduire des objets d’époque, créer des jouets anciens, comprendre la symbolique des formes et des techniques : pour lui, la recherche historique est un art en soi.

Un artisan engagé
Aujourd’hui, Charles participe à de nombreux événements dans les Cantons-de-l’Est, sa région, ainsi que partout au Québec. Il offre des ateliers et des démonstrations pour Métiers & Traditions, contribuant ainsi à faire rayonner l’héritage lié aux savoir-faire artisanaux et à sensibiliser le public à l’importance de sauvegarder ces savoirs anciens et de les transmettre. Son engagement se prolonge jusque dans le choix des matériaux : bois local, assemblages sans vis, ni colle toxique. Chaque objet est pensé pour se décomposer naturellement, en harmonie avec la terre d’où il vient.


En 2019, Charles créer le site Bois résistant dont l’objectif est de partager ses savoir-faire, sa connaissance sensible de la forêt et son désir de voir le territoire grandir en harmonie avec le vivant.


