France Collins est la sœur de ma grande amie Anne Marie. Depuis que je la connais, elle m’offre à chaque année des rameaux magnifiquement tressés de ses mains agiles. Ceux-ci, parait-il, ont le pouvoir de protéger ma maison contre le feu. Personnellement c’est la beauté de l’objet et la tradition qui me fascine.
Dans le calendrier liturgique chrétien, le dimanche des rameaux précède le dimanche de Pâques et marque le début de la Semaine sainte. Ici, les portes des églises sont ouvertes et tôt le matin, les fidèles font la ligne pour aller se procurer ces branches bénites par les prêtres. La coutume veut que les fidèles offrent une contribution volontaire en échange. Toutefois, certaines églises vendent à prix fixe un paquet de trois branches pour quelques dollars.
À l’église Notre-Dame-de-la-Défense dans la petite Italie, des vendeurs s’installent dehors pour vendre des rameaux déjà tressés et des rameaux non tressés. Cette tradition est bien établie chez les Italiens, qui sont très croyants.
Je me suis aussi procuré de bien jolis petits rameaux d’un vert très foncé à l’église Saint-Jean-Vianney sur la rue Beaubien et j’y ai fait la rencontre d’une communauté vietnamienne qui pratique également cette tradition. Il y avait une messe en vietnamien et des croyants qui tressaient leurs rameaux à l’intérieur même de l’église. Des modèles différents des nôtres mais très jolis. Une belle surprise !
C’est branches de houx, de buis, de laurier, d’olivier ou de palmier (selon la région), une fois joliment tressées selon le modèle transmis par la génération précédente, sont distribuées dans les maisons ou déposées sur les tombes.
Mais toi France, d’où te vient cette tradition de tresser des rameaux ? De mon père, qui en faisait à chaque année. Dans mon souvenir il les faisait seul et on le regardait faire, sans en faire. Je ne sais pas si c’est sa mère ou son père ou un autre membre de sa famille qui lui a transmis ce savoir-faire. Je l’ai toujours regardé faire quand j’étais enfant mais j’ai commencé à en faire de manière autonome seulement depuis son décès, survenu en 2006. Et pour assurer la pérennité de cette tradition dans ta famille j’imagine ? Absolument !
Tu pratiques cette tradition seule ou en groupe ? Plus souvent qu’autrement je les fais seule. Mais il m’est arrivé de l’enseigner à ma voisine, à ma sœur Anne Marie et à ma nièce Boppé, d’origine cambodgienne, quand elle était jeune. Combien de temps cela prend-il pour faire un rameau ? Moins de cinq minutes. C’est rapide ! Et combien en tresses-tu au total ? Une quarantaine. Tous dans la même journée, le dimanche des rameaux. Car si on attend, la branche sèche et il est plus difficile de la tresser. Puis, je les distribue à mes amis et ma famille. Certains de mes ami.e.s les attendent à chaque année… Comme toi !
Ce qui me motive à persister dans cette tradition, c’est la transmission du savoir. J’aime l’idée que mon père m’ait transmis cette tradition et qu’il soit toujours vivant lors de la confection et la distribution des rameaux. C’est un geste de partage, de mémoire aussi. Ce n’est pas tant dans l’objet – que j’aime aussi au demeurant – mais vraiment dans le savoir-faire, la tradition québécoise, l’artisanat, le travail manuel, le partage, la mémoire que j’aime faire les rameaux. Ce rituel annuel me tient à cœur. Et aujourd’hui avec cette pluie, c’est la température idéale pour “rameauter “ des rameaux !
Merci à France Collins d’avoir partagé son histoire et son savoir avec nous. Aujourd’hui, c’est 52 rameaux qui seront partagés avec générosité.
NDLR : Nous devions donner cet atelier en 2020. Puis en 2021. Souhaitons qu’en 2022 il vous sera possible de participer à cet atelier !


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