Le 28 octobre, Métiers & Traditions est allé à la rencontre d’un nouveau public au cégep Édouard-Montpetit, à Longueuil, à l’occasion d’une conférence-démonstration de deux heures animée par Réal Beaudin, artisan tonnelier.
Cette activité s’inscrivait dans le cadre d’un projet de valorisation du français au cégep Édouard-Montpetit, qui souhaite proposer différentes activités à l’ensemble de sa communauté étudiante au cours des prochaines sessions.
Plus de 80 étudiant·e·s ont ainsi eu l’occasion de plonger dans l’univers de la tonnellerie, à travers un mélange d’histoire du tonneau, de découverte de la pratique contemporaine du métier et, bien sûr, de démonstrations.
Merci à Geneviève Guay et Céline Philippe, professeures au département de littérature, pour cette invitation. Nous espérons bien avoir l’occasion d’y retourner !
Quand transmettre un métier, c’est aussi transmettre ses mots
Pour l’occasion, Réal Beaudin a présenté le métier de tonnelier en mettant particulièrement l’accent sur les mots, les expressions et le vocabulaire qui lui sont propres.
Qu’est-ce qu’une douelle, aussi appelée douve ? Que signifie bousiner un tonneau ? À quoi servent le jabloir, le jable, les fonçailles ou encore le chanteau ?
Au fil de ses explications et démonstrations, Réal a présenté les outils, les gestes et les termes qui accompagnent son travail. Bousiner, par exemple, désigne l’action de chauffer l’intérieur du tonneau, tandis que le jabloir permet de fabriquer le jable, cette rainure dans laquelle viennent s’insérer les pièces formant les fonds du tonneau.
Tout un vocabulaire qui permet de mieux comprendre la précision et la richesse de ce savoir-faire.
Ces mots racontent eux aussi une partie de notre patrimoine. Certains sont encore employés aujourd’hui, alors que d’autres sont devenus moins familiers au fil de l’évolution des métiers et des pratiques.
Car transmettre un métier, ce n’est pas uniquement montrer comment accomplir un geste. C’est aussi transmettre les mots qui permettent de nommer les outils, les matières, les techniques et les différentes étapes du travail.



















Le tonneau : plusieurs millénaires d’ingéniosité
Si l’origine exacte du tonneau continue de faire l’objet de discussions, son histoire nous ramène plusieurs millénaires en arrière.
Avant de prendre la forme galbée que nous lui connaissons aujourd’hui, les premiers contenants constitués de pièces de bois assemblées auraient connu différentes formes. Le tonneau arrondi représente surtout une invention remarquablement pratique : même lourdement chargé, il peut être roulé et manipulé beaucoup plus facilement.
Et pendant des siècles, on y transporte pratiquement de tout : vin, bière et autres liquides, mais aussi céréales, farine, salaisons, marchandises diverses et même poudre à canon.
Son importance dans le commerce maritime a d’ailleurs laissé des traces jusque dans notre vocabulaire actuel. Autrefois, la capacité des cales pouvait notamment être estimée selon le nombre de tonneaux qu’un navire pouvait transporter. Le vocabulaire maritime du tonneau et du tonnage conserve encore aujourd’hui cet héritage.
Au Québec aussi, le métier de tonnelier a occupé une place importante. À Québec, la rue du Sault-au-Matelot a longtemps été associée à la tonnellerie. Les artisans y étaient si présents que les tonneaux et autres futailles pouvaient même encombrer les trottoirs !
Avec le développement du commerce, de la navigation et notamment de l’industrie brassicole, le travail des tonneliers était indispensable. Un bon artisan était recherché et pouvait très bien gagner sa vie grâce à son savoir-faire.
Les usages et les méthodes de fabrication ont évidemment évolué. Différentes essences de bois ont été utilisées au cours de l’histoire, alors qu’aujourd’hui, le chêne occupe une place privilégiée dans la fabrication des tonneaux destinés notamment au vin et aux spiritueux.
De maître à apprenti : la transmission au cœur du métier
Pour plusieurs métiers traditionnels, il existe peu, voire aucun lieu de formation permettant d’en apprendre toutes les subtilités. La transmission directe, de maître à apprenti, devient alors essentielle à la préservation des techniques et des connaissances.
Le parcours de Réal Beaudin en est un bel exemple.
Réal exerce aujourd’hui le métier de tonnelier à temps plein, mais son apprentissage remonte à plus de vingt ans et est intimement lié à l’histoire de Métiers & Traditions.
Il se souvient encore du moment où Christine Bertrand, fondatrice de Métiers & Traditions, lui a ouvert la porte vers ce savoir-faire :
« C’est encore très clair dans ma tête. C’est Christine Bertrand qui m’a dit : si tu veux apprendre le métier de tonnelier, je peux te présenter quelqu’un. »
C’est ainsi qu’au printemps 2004, Réal entreprend son apprentissage auprès de Gérard Maratier, tonnelier d’origine française établi dans les Cantons-de-l’Est. Avec quelques autres initiés, il y consacre toutes ses fins de semaine, du printemps à l’automne.
Gérard Maratier leur transmet alors les gestes, les techniques et les connaissances propres à ce savoir-faire ancien. De cette cohorte, deux artisans nouvellement formés continueront par la suite à exercer le métier, permettant à leur tour à ces connaissances de perdurer.
De l’apprenti au maître : la chaîne se poursuit
Plus de vingt ans plus tard, Réal est à son tour devenu porteur et transmetteur de ce savoir-faire. Il a notamment formé Jaëlle Landry au métier de tonnelière, poursuivant ainsi cette chaîne de transmission de maître à apprenti.
Et c’est aussi ce qui rend la rencontre du 28 octobre particulièrement significative.
En partageant son métier, ses gestes, ses outils, son histoire et son vocabulaire avec plus de 80 étudiant·e·s, Réal poursuit, à sa façon, le même geste de transmission dont il a lui-même bénéficié il y a plus de vingt ans.
Pour Métiers & Traditions, aller à la rencontre de la communauté étudiante du cégep Édouard-Montpetit permet également de faire découvrir le patrimoine vivant dans un contexte différent de nos activités habituelles et de créer de nouveaux ponts entre les générations.
Les métiers traditionnels ne sont pas uniquement des témoins du passé. Leurs gestes, leurs techniques, leurs outils et les mots qui les accompagnent constituent un patrimoine vivant, qui continue de se transmettre, d’évoluer et de susciter la curiosité.
Un grand merci au cégep Édouard-Montpetit, à Geneviève Guay et Céline Philippe pour cette invitation, ainsi qu’à Réal Beaudin pour sa passion et sa générosité dans la transmission de son métier.
Parce que derrière chaque savoir-faire se trouvent des gestes à transmettre, mais aussi tout un vocabulaire à faire vivre.
Pour en découvrir davantage sur Réal Beaudin et son savoir-faire
Poursuivez votre découverte du métier de tonnelier à travers nos articles précédents :
→ Les fonds de tonnes ont pignon sur rue
→ Le chef Martin Picard fait appel au savoir-faire de notre tonnelier

